Rhumatismes inflammatoires

La polyarthrite rhumatoïde est le plus fréquent des rhumatismes inflammatoires chroniques (0,1 à 1% de la population générale en France). Ce rhumatisme atteint le plus souvent la femme entre 40 et 60 ans. La fréquence plus élevée de la polyarthrite chez la femme est d’autant plus vraie que la polyarthrite débute avant 30 ans (3,7 femmes pour un homme). La fréquence est identique chez l’homme et la femme si le rhumatisme débute après 60 ans. Il existe également des formes dites juvéniles qui débutent tôt dans la petite enfance.

Son origine est encore mal connue. Plusieurs facteurs lui semblent associés, un terrain génétique prédisposant, des facteurs environnementaux tels que le tabac ou encore des facteurs infectieux déclenchant.

Les premières manifestations sont généralement des douleurs des petites articulations des mains et/ou des pieds relativement symétriques s’accompagnant de gonflement des articulations. Ces douleurs ont un rythme inflammatoire, c’est à dire des douleurs qui réveillent la patiente en fin de nuit et qui sont mal calmées par le repos. Ces manifestations articulaires sont responsables d’un « dérouillage matinal ».

Il existe la plupart du temps un syndrome inflammatoire dans la prise de sang (augmentation de la vitesse de sédimentation et/ou de la CRP) et des marqueurs plus spécifiques appelés les anticorps anti peptides citrullinés (ACPA).

Le gonflement articulaire correspond à un épaississement de la synoviale, membrane qui tapisse l’intérieur de l’articulation et constitue alors ce que l’on appelle le panus. Cet épaississement de la synoviale est responsable de la production dans l’articulation de protéines pro-inflammatoires à l’origine des destructions ostéo-cartilagineuses. Si cette destruction articulaire n’est pas enraillée, elle peut être à l’origine d’une altération de la fonction des articulations et donc d’un handicap.

La polyarthrite rhumatoïde peut également se compliquer d’atteinte d’autres d’organes, tels que la peau avec des nodules sous-cutanés (les nodules rhumatoïdes), mais aussi des poumons (fibrose pulmonaire).

Une fois le diagnostic posé, il faut rapidement mettre en route un traitement de fond, c’est à dire un traitement capable de stopper la progression de la maladie, d’éviter les destructions articulaires et d’obtenir la rémission (mise en sommeil du rhumatisme).

Plus le traitement de fond est instauré rapidement, meilleures sont les chances de mettre la polyarthrite en rémission. Le méthotrexate est le traitement de fond de référence. Il fait partie des traitements dits synthétiques (produits chimiquement). On peut l’utiliser seul ou en association à d’autres traitements synthétiques (plaquenil, salazopyrine) ou biologiques (anti-TNF-alpha anti-IL6, rituximab…).

L’arrêt de l’intoxication tabagique fait également partie de la prise en charge. La poursuite de l’intoxication tabagique peut en effet aggraver l’inflammation et l’activité du rhumatisme mais aussi être responsable d’une moins bonne réponse aux traitements de fond.

La prise en charge des comorbidités (diabète, HTA, dyslipidémie) est également essentielle car les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde ont un risque accru de développer une maladie cardiovasculaire.


Les spondyloarthropathies constituent un groupe assez hétérogène de rhumatismes inflammatoires atteignant préférentiellement la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques (articulations du bassin). Certaines formes sont ankylosantes (apparition de ponts osseux reliant les vertèbres que l’on appelle des syndesmophytes) et handicapantes. Fort heureusement, l’ankylose est loin d’être systématique et bon nombre de patients ne présenteront jamais ou très peu d’anomalies de ce type (identifiées lors d’un examen radiologique) au décours de l’évolution de leur rhumatisme.

L’origine de la maladie est encore mal connue. Il existe plusieurs gènes de susceptibilité de la maladie dont le plus connu est le gène HLA B27. Mais comme dans la polyarthrite rhumatoïde la seule présence de ce gène ne suffit pas pour déclencher la maladie. Comme dans la polyarthrite, l’intoxication tabagique pourrait être à l’origine de formes plus inflammatoires de spondyloarthrites.

Ce rhumatisme se présente généralement par des douleurs fessières et/ou rachidiennes inflammatoires, c’est à dire mal soulagées par le repos et pouvant occasionner des réveils nocturnes et un enraidissement matinal. Des atteintes périphériques (arthrites de grosses articulations, par exemple le genou ou la hanche, atteintes des insertions tendineuses appelées enthésites) peuvent également être présentes.

En dehors des manifestations rhumatologiques, on peut retrouver des atteintes d’autres organes. L’uvéite, atteinte inflammatoire de l’œil, est la manifestation extra rhumatologique la plus fréquente. On peut aussi retrouver une atteinte de la peau (psoriasis) et du tube digestif (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique).

La radiographie standard du bassin permet la recherche d’une sacro-iliite (inflammation des articulations du bassin). Cependant, au début de la maladie les radiographies sont souvent normales et le syndrome inflammatoire n’est pas toujours présent dans la prise de sang, compliquant le diagnostic initial.

Depuis quelques années l’avènement de techniques d’imagerie telle que l’imagerie par résonnance magnétique (IRM) a permis de réaliser des diagnostics plus précoces. En effet en cas de radiographie standard normale et d’une forte suspicion clinique de spondyloarthrite, une IRM du bassin peut être prescrite et montrer une inflammation précoce sous la forme d’un œdème en périphérie des articulations sacro-iliaques. Depuis l’utilisation de l’IRM dans le diagnostic des spondyloarthropathies, on s’est aperçu que cette maladie à prédominance masculine était finalement aussi fréquente chez la femme (notamment dans la tranche d’âge des 20-30 ans où l’apparition de la maladie est la plus fréquente). Il existe par ailleurs des formes de l’enfant (spondyloarthrites juvéniles) et du sujet plus âgé.

Le traitement de référence de la spondyloarthrite, en l’absence de contre-indication, reste les traitements anti-inflammatoires non stéroïdiens. En cas d’insuffisance d’efficacité et/ou de contre-indication à ces traitements, un traitement biologique par anti-TNF-alpha peut être proposé et mis en route après un bilan pré-biothérapie.

Depuis peu, une alternative aux anti-TNF-alpha a vu le jour avec le développement de traitements anti-IL17 – et prochainement anti-IL23 – autres protéines cibles de l’inflammation.

L’arrêt de l’intoxication tabagique doit aussi faire partie de la prise en charge. La kinésithérapie quand-t-à elle est surtout l’apanage des formes ankylosantes.